C’est l’histoire d’Isabelle, une jeune femme de 25 ans qui vit, recluse dans une maison bourgeoise, grande bâtisse, grand portail, des barreaux aux fenêtres et un grand parc. Toutes les portes sont fermées à clé, seul le cri de sa mère dominatrice et manipulatrice retentit. Elle se confie à son fidèle ami Léo qui ne lui répond jamais.

Ce monologue d’Isabelle est une mise à nu dans une course folle qui envahit le lecteur, qui le retourne, le maltraite, l’interroge et le prend à témoin de sa souffrance.

Roman d’une grande puissance, court et intense conduit en mode « caméra sur l’épaule » vif et direct (Florence Herrlemann est aussi réalisatrice notamment d’un documentaire sur l’enfance maltraitée). Elle y décrit un univers étrange, happant, stressant en nous invitant à découvrir cette héroïne fragile, observatrice, passionnée, manipulatrice mais terriblement attachante. Le renversement final est saisissant.

Mais ne faisons pas confiance au mot fin car nous n’en avons pas fini avec cette histoire …. Isabelle reviendra !

Premier roman d’une rare intensité, d’une maîtrise incroyable. La construction de ce roman est juste d’une précision remarquable qui embarque le lecteur, qui le prend en otage et où il ne cesse de démêler le vrai du faux.

A travers Isabelle, Florence Herrlemann nous garde en suspens, essayant de garder l’équilibre, Elle nous propose d’être un funambule… exercice périlleux mais oh combien merveilleux !

Je vous livre maintenant mon ressenti à la lecture du festin ! Roman hypnotique, noir, dérangeant mais envoûtant. J’ai dû interrompre ma lecture mais ce fut pour mieux y revenir. Les mots de l’auteure réussissent à me faire vivre le récit d’Isabelle au plus près, en direct. J’avais l’impression d’être là, dans cette grande maison bourgeoise, silencieuse et invisible, cachée moi aussi dans un coin oubliant toute temporalité… Le jour, la nuit, l’hiver, l’automne, l’été, le printemps se déroulant inlassablement. Ambiance donc oppressante avec un sujet délicat, les relations mère/fille. Une fois encore et de façon complètement différente j’ai été bousculée parfois en équilibre, parfois au bord du précipice. Quel talent ! Sur la forme, ce récit ininterrompu, ce monologue d’Isabelle ,son confident Léo vouvoyé et silencieux, la mère “mère” qui rit et parle trop fort (phrase plusieurs fois répétée) donne cet effet d’écrasement. La plume de l’écrivaine a un pouvoir exceptionnel. Léo m’a tout de suite ramené à mes cahiers d’écriture, compagnon éternel qui aide à supporter le pire et à partager les espoirs et les joies ! Monologue aussi onirique : Florence Herrlemann mêle avec brio la violence, la souffrance et la beauté est un défi magistralement relevé. Quelle poésie quand elle nous parle de la neige (p130) ou du matelas d’isabelle (p55). J’aime aussi les répétitions dans le monologue de l’héroïne, il assène ces coups de poignards et nous fait mieux ressentir son mal être et sa souffrance. Bien sûr, parfois elle apparaît manipulatrice mais quel soulagement et quelle envie j’ai eu de partager les doux souvenirs de la tante Émilie. J’ai porté en moi les espoirs d’Isabelle à l’apparition d’Héloïse! J’ai été, vous l’aurez compris une fois de plus embarquée et cette fois vers l’inconnu sur 157 pages, ne sachant démêlée le vrai, du faux. La fin a été une totale surprise. J’aime aussi la puissance des femmes dans votre littérature, chère auteure, elles tiennent le haut du pavé dans vos deux romans. Le choix des mots donne à votre roman l’allure d’un grand opéra. Tout y est juste, à sa place. Je vous trouve enfin courageuse d’avoir commencé votre carrière avec un roman, il faut l’avouer, pas très facile d’accès mais tellement passionnant. J’imagine que ça ne s’est pas posé en ces termes et qu’il s’est imposé à vous. MERCI et BRAVO

En deux romans, Florence Herrlemann nous montre l’étendue de son talent, une écriture vive, animée, habitée, ensorcelée…. Une grande auteure est née.

« Le festin du lézard » chez Antigone 14

« L’appartement du dessous » chez Albin Michel

2 commentaires sur ““Le festin du lézard” de Florence Herrlemann”

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